Mercredi 3 octobre 2007
Le fils du vent
 
 
Un bébé faucon est sorti de sa coquille depuis quelques semaines seulement. Aujourd'hui, il a, plusieurs heures durant, observé le ciel mais il n’aperçoit toujours pas sa mère, avec ou sans nourriture.
Elle lui avait donné l’habitude de revenir lui apporter à manger ou lui faire sa toilette.
La faim et l’ennui grandissent. Comme tous les enfants laissés seuls, il profite de l'absence de sa pour faire une bêtise. D’un pas vacillant et curieux il va sur la branche d'à côté. C’est ainsi qu'il explore l'arbre de branche en branche et se trouve loin de son nid, perdu.
Réalisant son manque d'expérience pour retrouver le chemin du nid douillet, il panique. D’instinct, il appelle sa mère par de petits cris qui restent sans réponse.
Parmi tous les êtres qui peuplent la planète, seuls les fauves ont entendu et reconnu les cris du petit faucon en détresse.
Ils décident d'un commun accord de trouver une solution.                               
Mais aucun fauve ne sait voler pour lui apprendre.
Devant leur incapacité à résoudre le problème du petit faucon, ils forment un assemblée donc le seul juge sera la Nature elle-même.
Car pour eux envol est synonyme de liberté et si sa mère est prise dans les intempéries, il serait juste de lui venir à l’aide ou même de le sauver.
L’assemblée fait appel à toutes les régions du globe pour faire prendre en charge le petit. Mais chacun des lieux a des arguments pour refuser.
La forêt, interrogée, répond :
-Mes arbres poussent trop vite et ils sont aussi trop serrés. Je n'ai pas de place.
L’océan, interpellé, dit, à juste raison :
-Il n' y a pas d’arbre chez moi et les faucons ne savent pas nager, je ne peux rien faire pour lui.
La région glaciale, dans un souffle qui les glace jusqu'aux os, donne ses arguments:
-Il fait froid sur mon territoire. Les animaux qui le peuplent prennent déjà toute mon attention. Je n' ai pas le temps.
La ville, d'une voix grondante, dans une haleine polluée par les gaz d'échappement répond aux fauves:
-Mes habitants ont inventé des machines aériennes, ferroviaires, terrestres et des fils électriques. Ces machines polluent, il s’étouffera avec ma pollution et les fils électriques sont dangereux pour lui. Je ne peux pas prendre cette responsabilité. Car, ici chez moi, il mourra.
Puis l’assemblée regarda du côté du désert.
A l'unanimité, elle jugea que le jugea comme le lieu le plus dangereux pour un bébé et écarta le Désert.
Voyant qu’on ne lui demandait pas son aide, le désert prend la parole et dit : -Sur mes dunes et dans mes regs, si ce n'est pas très hospitalier, au moins, tout les habitants respectent une chose: la liberté.
Cette liberté ne peut être offerte: elle doit être conquise et gagnée!
Si l’enfant est résistant, chez moi, il vivra libre. C’est bien cruel, je le sais, mais c' est ainsi. La liberté des fils du vent est à ce prix.
L’assemblée écoute avec recueillement les paroles du Désert, les paroles de l’exclu et ils jugent tous que le jeu en vaut la chandelle et acceptent.
 
Les fauves se levèrent alors et chantèrent tous en choeur. Un petit vent doux et léger souffla sur l’enfant faucon qui le prit comme un jeu pour oublier la peur. Il déplia ses ailles et maladroitement, il tenta un premier envol qui s’avéra un échec.
Les fauves chantèrent plus fort; le vent forcit.
Une deuxième tentative: une maigre amélioration.
Les fauves chantaient de plus en plus fort pour donner du courage au petit.
Le vent du chant augmentait de plus en plus son souffle.
A la septième tentative, le faucon est prit dans le courant. Il combat longuement pour garder son équilibre. Qu’il finit par trouver. Quand il réalisa qu'il volait, il était déjà très haut dans le ciel.
Il regarda au-dessous de lui et poussa un cri de triomphe. Celui-la était bien différent de ses petits cris de peur et de détresse.
Par sa persévérance et sa volonté, il avait acquis sa liberté.
A la vitesse de l'éclair, il survola les forêts, les régions glaciales, les océans et les villes et arriva enfin au Désert.
Pour atterrir devant l'orchestre qui s’arrêta instantanément de chanter: enivré par son triomphe, il avait fait le tour de la planète en un clin d'oeil.
 Le faucon baissa la tête en signe de remerciement. Sans la moindre difficulté, il reprit son vol et disparu dans la lumière rougeoyante du couchant.
Il devient ainsi l’un des oiseaux le plus rapide du monde.
Le Désert s’adressa à la Nature et à son assemblée et dit :
-"Voyez, regardez bien, chez moi, c’est cela la liberté. Aussi, prenez toujours le temps d’observer, et d’admirez la liberté et surtout gardez-vous à jamais de l’entraver.
Parmi l'assemblée, un humain était présent : c’était un touareg.
Un frisson parcourut son corps et aussitôt il poussa un cri pareil à celui du faucon. Le cri qu'aucun humain n'avait émis et n'avait jamais entendu à ce jour. Un cri qui se transmit de touareg en touareg, à travers les siècles.  
Le touareg s’adressa au Désert et dit :
- Je te fais le serment que, de mon côté je défendrai cette liberté au péril de ma vie et de celle de tout mon peuple. Pour qu'ici, chez nous, elle demeure à jamais. Car, ô Désert ! Même la poussière des os de nos aïeux est mélangée aux grains de ton sable."
 
Aujourd'hui hui encore, si vous écoutez la première chanson, (Le chant des fauves) du premier Album, (the radio tisdas session) du groupe de musiciens touareg TINARIWEN (déserts, dans langue des touaregs) vous pourriez, si vous écoutez bien, entendre l’hymne de la liberté.
 
Mais, ce n'est plus pour la survie d’un bébé faucon que les fauves chantent au 21ème siècle mais plutôt pour celle des enfants touareg. Ils sont devenus orphelins pour la plus part. Leurs pères se sont sacrifiés pour tenir la promesse que leur ancêtre avait fait au Désert, il y a bien des siècles de cela.
Ces orphelins sont tous conscients qu’il leur faut faire le même sacrifice tout comme leurs parents l’ont fait. Au nom de la liberté des fils du vent.
 
En ce deuxième millénaire de notre temps, les amis, serons-nous pris dans nos petites vies de citadins? Au point d’être incapable d’entendre les cris de détresse des enfants touareg? Où leur viendrons-nous en aide?
 
 
Sid AhmedAgMossa ouari.
Jérôme VERNHET
 
par Sid Ahmed Ag Mossa publié dans : Mes ressentis
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Mercredi 3 octobre 2007
« Mais là où personne ne peut vivre, certains hommes, peut être, peuvent apprendre à vivre. »
                                                                                  Albert CAMUS
 
Ceci est ma vie. Celle de l’enfant targui d’Occident. Celle de fils des grands Hommes car nous avons une idole un homme à qui nous aimerions ressembler ou qui nous fait rêver par ses aventures ou ses exploits. Moi, c’est tous les Hommes qui ont vécu avant moi que j’aimerais suivre par traces. Je voudrais faire en sorte que leurs paroles et écrits restent encore visibles ou lisible ou même renaissent pour d’autres les découvres après moi. Ainsi, je pourrais peut êtres un jour comprendre. Pourquoi si c’est eux qui ont fait ce monde ; pourquoi ils l’ont fait aussi male ? Je ne sais pas pour vous mais pour il n’y a pas de différence très un enfant et un autre sédentaire. 
   
Je suis né à la frontière entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Ce n’est pas pour faire beau que j’aie choisi ce titre. Mais, c’est par ce que je suis un targui au 21eme siècle qui découvre la vie dans les grandes villes. Il doit ainsi, affronter des nombreuses traditions et cultures bien différentes du sien qu’il commence presque à oublier. La vie a fait que j’ai traversé l’Afrique et finir en France. C’est peut être une chance, mais si j’avais vraiment le chois je serai resté avec toujours mes amis. Ainsi nous, nous verrons grandir et changer.
Tout a commencé naturellement à ma naissance. Cette arrivé est probablement mal choisit, car pour un touareg que ma destiné a choisit que la n’est plus la belle période notre Histoire.    
 
Je suis donc touareg (un targui). J’ai habité le Mali de ma naissance, c'est-à-dire juste après la grande sécheresse de 1987-1986. Je crois être né vers 1984. Le campement qui était le mien s’est dispersé quelles années après ma naissance. Je n’ai pas eu la chance de connaître la vie des touaregs telle qu’elle était dans années d’Or. Les grands frères ont fait rébellion vers 1990. Le 7 mai 1990, ils sont allés à la prison de Tchin -Tabaraden au Niger libérer leurs amis et pères arrêtés quelques jours auparavant. Dans l’altercation avec les gardiens de la prison, l’un de ces derniers trouva la mort. Ainsi commence une période importante dans l’Histoire des touaregs. Moi, je fis après un long voyage dans campement de réfugiés au Burkina Faso. Tous les touaregs se sont dispersés dans les pays d’Afrique. Certains se sont retrouvés en Mauritanie d’autres en Algérie et d’autres encore en Libye. La politique de notre monde, les amis, est bien étrange car ces pays dans lesquels, les touaregs se sont réfugiés sont autre fois et sont encore et toujours « les leurs. »
 
Ainsi, les redoutables princes du désert sont perdus dans tout le continent africain et même au- delà. Ils ont même dépassé les frontières des pays anglophones tel que le Nigeria ou le Ghana.      
Les hommes bleus sont devenus des mendiants comme le plus part des peuples du désert tel que les bororos et les Toubous au Tchad. Aujourd’hui tous sont à la merci d’une éventuelle disparition.
 
« Faudrait-il qu’un peuple disparaisse pour savoir qu’il existe ? »
Mano Dayak
par Sid Ahmed Ag Mossa publié dans : Mes ressentis
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Mercredi 3 octobre 2007

  Le peuple Touareg

Les Touareg sont un peuple d'environ 1 million d'individus dont une minorité vit au Sahara central (Ahaggar, Tassili, Aïr, Adrar des Iforas) et la plus grande partie dans le Sahel au Mali et au Niger. Leur langue est le Tamacheq, un dialecte berbère, qui s'écrit traditionnellement en caractères tifinagh (ou tifinar). On peut écrire "des Touaregs" ou "des Touareg", et dire "un Targui" ou "un Touareg". Eux-mêmes se disent des Kel Tamacheq, "ceux qui parlent le tamacheq".
 
Histoire des Touareg
 
Les Touareg descendent de tribus berbères refoulées dans le désert par les invasions des Beni Maqil du XIe siècle. Auparavant, ils habitaient au sud du maroc aux environs du grand centre caravanier de Sigilmassa. Au XVIe siècle, Léon l'Africain retrace les migrations des Touareg vers le sud et leur expansion, soumettant les Haoussas de l'Aïr (XIV e siècle) et cherchant à s'imposer sur la boucle du Niger, à Tombouctou et à Gao, contre le Mali (XIVe-XVe siècle), l'Empire songhaï (XVe-XVIe siècle), les expéditions marocaines (XVIIIe siècle) ou contre les Peuls (XIXe siècle).
 
Au début de l'expansion coloniale européenne, des explorateurs entrent en contact avec eux (Barth 1850-1855; Duveyrier 1859-1861). Les Français signent des traités commerciaux (1862) qui n'entrent pas en vigueur, les Touareg se refusant à laisser traverser le Sahara. Ainsi toute une série d'actions sanglantes de leur part (1880, massacre de la division Flatters) oriente différemment la politique française. En 1898 part l'expédition Foureau-Lamy qui, quelques années plus tard, réussit à occuper militairement le Touat et la région du Tidikelt. Une répression très dure, l'action militaire et diplomatique du général Laperrine assurent la prépondérance des Français, qui contrôlent tous les centres vitaux du commerce.
Actuellement les Touareg sont répartis principalement dans les États du Mali, du Niger, de la Libye et de l'Algérie. Leur hiérachie sociale, leur islamisme très mitigé, la remise en question de leur genre de vie nomade, du fait de l'évolution économique ou de la sécheresse, posent des problèmes importants aux gouvernements intéressés. La crise que connaissent les régions du Nord du Mali et du Niger aujourd'hui résulte non seulement du caractère artificiel des frontières héritées de la colonisation, mais aussi de la politique menée dans ces pays depuis les indépendances qui marginalise les Touaregs. Depuis quelques années les Touareg mènent une rébellion armée dans de nombreuses régions du Niger et du Mali.
La vie sociale
 
Les Touareg forment une société hiérarchisée, dont on retrouve les différentes classes sous des noms divers au Sahara comme dans le Sahel. Au sommet de cette société se trouvent les Imouchar-Imajeren, nobles, autrefois chargés des guerres et du pillage, vivant des redevances de leurs protégés et de l'élevage des chameaux. Viennent immédiatement après les Ineslimen-Cheriffen, "Touareg marabouts", lettrés en langue arabe, instruits en religion islamique, ils jouent souvent le rôle d'enseignants et de juges; quelquefois, cette classe n'existe pas, ainsi chez les Touareg ahaggars. La dernière classe est celle des Imraden, hommes libres mais vassaux et tributaires des nobles, à qui ils versent des redevances, aujourd'hui officiellement supprimées; kel oulli, "gens des chèvres", comme la langue berbère les désigne, ils élèvent des moutons, des chèvres et quelques chameaux. Actuellement, cette organisation en castes tend à disparaître mais pas l'identité touarègue (temoust). Leur civilisation et leurs coutumes distinguent nettement les Touareg. Tandis que les femmes sortent à visage découvert, les hommes portent un long turban, le litham, qui, les protégeant des sables du désert, peut être aussi symbole de pudeur et de dissimulation. Très attachés aux traditions berbères, ils recouvrent leur corps d'amulettes. Les Touareg sont dans l'ensemble peu arabisés. Ils sont monogames et la filiation s'établit par les femmes; l'enfant appartient à la tribu et à la classe sociale de sa mère. Une grande liberté semble exister entre les sexes et les réunions poétiques et musicales sont l'occasion de rapports très libres entre hommes et femmes.
La femme touarègue jouit d’un statut privilégié dans la mesure où elle bénéficie d’une autonomie et d’une écoute au sein de la société. La tente lui appartient et, en cas de malentendu entre les époux, l’homme sera chassé par la maîtresse des lieux.
Les Touareg forment des confédérations de petites tribus. Les quatre confédérations du Sahara sont au nord celle des Ajjers, petits éleveurs de chèvres et de chameaux dans les vallées tassiliennes et en Libye; au centre celle des Ahaggars; au sud-ouest celle des Iforas, éleveurs de moutons et commerçants; au sud-est, dans l'Aïr, celle des Kel Ouis, éleveurs et commerçants de sel (Bilma). Parmi ces confédérations, plus ou moins désorganisées et dont de nombreux membres travaillent aujourd'hui "au pétrole", celle des Kel Ahaggars, dans les vallées bien protégées de l'Atakor, garde plus intacte sa civilisation. C'est chez elle qu'est choisi l'aménokal, chef suprême des Touareg. N'ayant plus les ressources de la razzia ni celles provenant des transports de sel et de mil, les Ahaggars tirent leurs revenus de leurs troupeaux et de l'exploitation des oasis confiées en métayage à des Noirs affranchis, les Harratines; l'époque des récoltes (avril) ramène ainsi chaque année les nomades Touareg au voisinage des oasis.
Activités économiques
 
le commerce caravanier a pratiquement disparu. On rencontre cependant, encore, quelques "dernières caravanes" qui traversent le désert du Sahara. L’activité économique principale demeure l’élevage. La gestion des pâturages, rares, implique des déplacements fréquents. Cela explique le nomadisme pastoral pratiqué par les Touaregs. Actuellement, sous l’effet des sécheresses qui ont décimé une grande partie de leur bétail, les Touaregs tendent à développer des activités économiques moins sujettes aux aléas climatiques, comme l’agriculture, le jardinage, l’artisanat, le tourisme, etc.
Les Touaregs vivant dans les régions du sahel, sédentarisés pour la plupart de longue date, pratiquent l’agriculture. Ils cultivent essentiellement le mil et le sorgho (gros mil). Quant à l’artisanat, très riche et diversifié, il a connu un essor particulier ces dernières années grâce, notamment, au développement du tourisme. Dans certaines régions sahariennes, en effet, le tourisme est devenu la plus importante activité économique.
 
La période post-coloniale – 1960
Tout au long des années trente, la situation touarègue s'est détériorée considérablement. 
Les états qui ont émergé autour du Sahara, Niger, Mali... ont pris la succession du joug français en écartant les nomades des plans et des ambitions de développement de ces nouvelles puissances. Pourtant le départ des français laissait enfin le champ libre à la discussion entre les peuples, pour fonder des états où les Touaregs défendraient leur 'droit d'exister'. 
En fait, lorsque l'Afrique de l'Ouest était régie par une même autorité, les frontières sahariennes avaient cessé d'exister, mais les barrières laissées par le colonisateur seraient désormais soumises à un contrôle rigoureux au grand dam des chameliers voyageurs, et les vieilles rancunes... il fallait notemment bâtir des pays neufs pour faire cohabiter de fiers Touaregs et des Hommes qu'ils auraient autrefois considérés comme leurs esclaves : tâche bien compromise tant au Niger qu'au Mali.
Niger
 
Au Niger, le premier président du Niger - Diori Hamani - a choisi un Touareg nommé Mouddour Zakara pour mener un ministère des "affaires nomades & sahariennes". Ceci sans doute pour assurer les Touaregs d'une volonté de dialogue et d'une certaine considération.
Mais entre 1974 et 1987, ils étaient soumis au régime dictatorial du colonel et futur général Seyni Kountché, de l'éthnie Djerma. Les Touaregs ont réagi en organisant une grande manifestation publique de mécontentement. En 1976, ils tentèrent même un coup d'état.
En 1985, deux soldats de l'armée du Niger auraient été tués par des dissidents Touaregs, peut-être sous influence lybienne qui tentèrent en vain de motiver les bédouins des environs de Tchin Tabaraden à engager une révolte de plus grande ampleur. Encore un échec, mais la rivalité entre les Touaregs et Kountche s'affirme de plus en plus bien que ce dernier soit en proie à la maladie. Cet évènement sera le point culminant des vives tensions qui existèrent sous le règne de Kountché.
Car en 1987, la mort du président le Général Kountché, "ennemi de la Lybie et des Touaregs", et l'arrivée du nouveau président le colonel Ali Saïbou - un Djerma lui aussi - laissait présager de nouvelles perspectives pour les nomades du Nord. Le nouveau président envisagea de tourner son pays vers la démocratie : il essaya en première mesure de motiver le retour des réfugiés qui avaient fui le régime de son prédécesseur en Lybie et en Algérie en s'y rendant personnellement. Il rompit de fait les mauvaises relations que le général Kountché entretenait avec le colonel Khadafi, et lors d´un voyage en Lybie, offrit l´amnistie aux nombreux exilés Nigériens. Les réfugiés posèrent tout de même quelques conditions (qui seront des questions récurrentes dans la problématique de la situation des Touaregs) : des mesures d´équité, un statut d´auto-administration dans le nord... les Touaregs sont heureux de quitter les casernes.
 
Mali
 
Une première insurrection y eut lieu fin 1962, contre le gouvernement de Bamako dirigé à l'époque par Modibo Keita. Les Touaregs n'eurent en réponse et au bout d'un an de luttes qu'une sévère répression qui décima les tribus des Adrar des Ifoghas, d'où avait été lancé le mouvement par les Kel Adagh. Quelques 5000 Touaregs, jeunes pour la plupart s'exileront en Libye.
Le Mali voulut toujours rester en dehors de la crise qui se profilait. L'Algérie serait son partenaire, en livrant les chefs Touaregs réfugiés au sud du pays. L'algérie deviendra pourtant une terre d'exil pour de nombreux Touaregs, à Tamanrasset et Ghanet.
Mais le comportement paradoxal de l´Algérie est également conditionné par son incapacité à maintenir ses camps de réfugiés en fonctionnement. Elle se voit contrainte d´expulser au début, puis officiellement avec l'accord du Niger et du Mali de faire rapatrier de nombreux réfugiés : en 1990 quelques 20 à 25,000 réfugiés furent rassemblés sur la frontière, à In Guezzam et répartis dans un camp au Niger près de Tchin Tabaraden. (seuls 18,000 réfugiés parmi les 25,000 au départ on été acceptés en fait, Touaregs de "nationalité" Nigérienne)
Le FIDA, Fond International pour le Développement Agricole participera financièrement à l´opération.
Il faut également noter l'indifférence de la France qui était maîtresse de cette région pendant plusieurs années et qui brutalement, laisse livrée à la violence cette Afrique renaissante. Quelques initiatives seront lancées par des organismes français : comme la Coopération Française, mais l'aide est détournée, pas de vivres, couvertures, tentes pour les nouveaux "ishomar"... les aides internationales se retrouveront en vente sur les marchés de Tahoua ou Niamey...
 
"Abandonnés des Dieux"
Ces frontières artificielles, découpées par des européens indifférents, ont divisé des Touaregs, déjà dispersés par le système de clans.
Les conditions climatiques sont très difficiles, la désertification du Sahel commence à devenir critique au début des années 60.
Un autre ennemi inattendu, la concurrence des camions libyens, qui commencent à sillonner le désert au détriment des caravanes traditionnelles.
 
Les prémisses de la rébellion
Les besoins et les difficultés des Touaregs ont toujours étés ignorés - voire méprisés - de l'opinion mondiale.
Ils ont toujours dans leur histoire été mis de côté quand les états émergeants ont commencé à se développer. Pourtant ils sont historiquement les hommes du désert et leur territoire reste depuis des siècles inchangé.
Les touaregs se retrouvent cloîtrés dans des bidonvilles en périphérie des grandes villes, ou poussés à l'exil.
L'exaspération les a poussé à prendre les armes et à mener une longue rébellion. Initiée par les premières manifestations des années soixante.
 
Les Touaregs commencent à fuire des villes du Niger et du Mali, l'exil est difficile ils doivent souvent tout quitter, et sont regardés comme des marginaux, intouchables. Ils se retrouvent exclus politiquement et socialement.
 
Pour beaucoup le nord du Sahara : l'Algérie et la Libye sont les terres promises. Ils y trouveront souvent la même discrimination, la même exclusion, ils se trouvent parfois expulsés.
En 1980, le colonel Kadhafi fait un appel solennel aux Touaregs et les invite à se réfugier en Lybie avec la promesse de les aider à fonder un état indépendant pour les Touaregs. Enrôlés commes soldats de la légion Islamique (voir à gauche), ils combattront au Sahara Occidental, au Tchad en 1987, Zouar, Ouadi-Doum peut-être même certains furent ils envoyés ... au Liban. Les Touaregs allaient servir à Tripoli pour la construction du grand état lybio-sahélien dont elle rêve.
Dans le même temps Khadafi est soupçonné de mener la vie dure aux dirigeants, le général Kountché au Niger essuie plusieurs attentats en 1976 et 1983 par un Lybien (Liman Chaafi) qui pour son deuxième coup s´était organisé avec un Targui nommé Khamed Moussa.
Ce passage pour de nombreux Touaregs par les rangs des armées lybiennes sera probablement l´école de la Rébellion. Les Touaregs se sont formés militairement, "ils apprennent le maniement du Kalashnikov et du 4x4 Toyota". Finalement beaucoup d´émigrés Touaregs reviendront au pays au commandement des actions militaires, parce que les crises petrolières contraignent M. Kadhafi à réduire ses ambitions militaires et à se séparer d'une partie de son contingent.
 
 
 
 
L’histoire semble se répéter. Le 29 juin 1990, l’attaque de Ménaka, dans le nord du Mali, marque le début de la rébellion touareg au Mali.
 
En 1991, les incidents se multiplient dans le Nord, entraînant un exode des populations civiles maures et touareg vers l’Algérie, la Mauritanie et le Burkina Faso. C’est le début d’un conflit porté par plusieurs mouvements, dont la principale motivation, selon la littérature des différents mouvements de rébellion, tels le Front populaire de libération de l’Azawad (FPLA) ou les Mouvements et fronts unifiés de l’Azawad (MFUA), était « le mépris des pouvoirs centraux à l’égard des populations touareg » et la sauvegarde de leur identité de nomades. Les Touareg, selon des statistiques non officielles, représentent une population de 3,5 millions dont 85% au Mali et au Niger. Ils représentent 10% de la population au Mali. Plusieurs révoltes ont éclaté depuis les années 1960 et l’accès à l’indépendance des pays du Sahel. Depuis les années 1990, des mouvements plus organisés ont demandé l’autonomie des régions du nord du Mali (Kidal, Tombouctou et Gao). Après l’éclatement de la révolte en 1990, le président malien Moussa Traouré négocie, à Tamanrasset en 1991, avec la résistance touareg. Des accords sont conclus qui prévoient « une autonomie interne, un désengagement militaires du pays touareg ainsi qu’un vaste programme de développement ». Le Mali est secoué par un putsch militaire trois mois après la signature de l’accord de Tamanrasset et en 1992, les militaires signent à Bamako de nouveaux accords avec quatre fronts regroupés au sein du mouvement des MFUA. La France et l’Algérie y ont joué un grand rôle. Le retour du pouvoir civil en 1994 relance le conflit, avec des vagues de répression qui poussent des réfugiés à s’installer dans le Sud algérien, en Mauritanie et au Burkina Faso. Les accords d’Alger en 1994 calment relativement la situation et une année plus tard, une table ronde réunissant des bailleurs de fonds maliens mobilise un budget conséquent pour consolider la paix et permettre aux réfugiés de retourner chez eux dans le nord du Mali.
 
Rôle de la libye et de la France ?
 
Les attaques d’hier, imputées à des rebelles touareg, interviennent dans un contexte régionale particulier. D’abord, les manœuvres du colonel Kadhafi, qui non seulement a lancé à partir de Tombouctou son idée d’un « grand Etat du Sahara », mais tente également d’étendre son influence dans la région nord du Mali. Fin avril dernier, une délégation d’officiels libyens et maliens a rencontré les autorités administratives, des notables et des ex-combattants de la rébellion touareg de Kidal (nord-est du Mali). La délégation comprenait notamment Béchir Salah, le directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, et le général Kafougouna Koné, ministre malien de l’Administration territoriale et des Collectivités locales. Au cours de cette rencontre, les ex-rebelles touareg ont souhaité que leur région puisse obtenir un « statut particulier » pour accélérer son développement. Bamako avait pris l’engagement de nommer « prochainement » un conseiller au ministère malien de la Défense pour s’occuper des problèmes des ex-combattants de la rébellion touareg, dont certains sont intégrés dans l’armée suite aux accords cités. L’Etat malien allait « prochainement » débloquer 1,2 milliard de francs CFA (environ 1,8 million d’euros) pour lutter contre le chômage des jeunes de la région, autre préoccupation des ex-combattants et de la notabilité locale. De leur côté, les Libyens ont annoncé leur décision de « remettre sur les rails deux projets économiques dans le nord du Mali : une usine de phosphate à Bourem (région de Gao, au sud de Kidal) et une usine de fabrication de plâtre à Tessalit, au nord de Kidal », a rapporté une autre source proche de la rencontre. Le lieutenant-colonel Hassan Fagaga, un ex-combattant rebelle touareg dans les années 1990 qui avait ensuite incorporé l’armée, avait pris le maquis mi-février dernier avec une poignée d’hommes armés pour exiger notamment des mesures en faveur de la région de Kidal et des ex-rebelles intégrés dans l’armée. Il avait accepté de rentrer dans le rang mi-mars, alors que le gouvernement s’était engagé à ne pas prendre de sanctions contre lui et à étudier ses doléances. La Libye a ouvert début février dernier un consulat à Kidal - en plus de sa représentation à Bamako - avec comme premier responsable un homme d’affaires, Moussa El Kony, membre du sérail à Tripoli, qui a abandonné ses affaires pour être le messager de Kadhafi sur place. A ces manœuvres libyennes, il faudra ajouter l’étrange timing de la visite à Bamako la semaine écoulée de Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur français, venu défendre son projet de loi sur l’immigration « choisie » et qui a subi les foudres de colère de la société civile aussi bien au Mali qu’au Bénin. Et même s’il déclare que « la France n’a pas les intentions et les influences qu’on lui prête », il n’en reste pas moins vrai que Paris avait longuement joué son rôle aussi bien dans la révolte des Touareg que dans les tentatives de règlement du conflit. A noter aussi la récente visite du ministre des Affaires étrangères français, Phillipe Douste-Blazy, à Tripoli, peu envisageable il y a seulement quelques années. Alger, de son côté, tente de régir à travers la 2e session de la commission mixte de sécurité algéro-malienne tenue à Tamanrasset fin avril et la visite à Alger de responsables du ministère de l’Intérieur malien, et à travers des contacts plus suivis avec le Niger et la Mauritanie. Le tout sur fond de présence américaine dans la région du Sahel qui n’est pas pour calmer l’exaspération de l’ancienne puissance coloniale.
 

 

par Sid Ahmed Ag Mossa publié dans : Notre Histoire
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